Yashyizweho kuri 30 November, 2017 | 12:21

Assainir la ville à ses risques et périls

Les éboueurs, informés des risques de leur métier, assurent l’assainissement de la ville de Kigali avec moins d’équipements adéquats. Le label énergétique qu’ils exécutent, pousse certains à manger des aliments avariés issus des poubelles avec tous les risques de se faire contaminer de diverses maladies. Ils débarrassent ainsi la ville des détritus au détriment de leur vie.

La veuve Rosalie Mukagasana et ses collègues femmes de la Compagnie Real Cleaning LTD font les derniers soins des visages et des pieds dans une famille de Nyamirambo qu’elles ont servie en dernier lieu, en chargeant des ordures dans un camion. Elles sont unanimes à dire qu’elles courent plusieurs risques de se faire contaminer par de diverses maladies, car nombre parmi eux, ne disposent pas d’équipements pour accomplir leur travail dans la sécurité requise. "Certes, nous ramassons des ordures ménagères avec des gants, mais peu en ont ", dénonce la veuve.

Qui dit vrai?

Très furieux et angoissés, ces éboueurs ne cessent de réclamer les matériels spécifiques à leur travail dont les sacs en plastiques appropriés pour le ramassage des ordures solides et liquides. Mukagasana dénonce le transport des détritus ménagers sur la tête de la maison au camion. "De fois, nous remarquons des excréments des enfants jetés dans les mêmes sacs des ordures. Il y a aussi des sacs qui contiennent des urines des adultes qui coulent sur nos fronts quand nous les transportons depuis les ménages vers le camion", s’indigne-t-elle, précisant que leur salaire est maigre (45 000 frw (66$) et irrégulier. "Nous avons demandé que toutes les compagnies accordent des matériels et payent à temps leurs agents", rétorque Thacienne Mukandayisaba, agent chargé de l’assainissement et l’habitat au secteur administratif de Gitega, secteur dans lequel Real Cleaning fait le nettoyage des ordures.

Thacienne Uwineza, patronne de la dite compagnie reconnaît que son entreprise ne dispose pas d’assez d’équipements, mais alors, s’indigne aussi de l’indiscipline de certains éboueurs qui refusent de porter des bottes et gants pour plusieurs prétextes."Tantôt ils disent que les gants les brûlent les mains et les bottes les empêchent de marcher. Lorsque nous leur donnons des cache-poussières, ils les perdent aussitôt. Mais l’entreprise continue de s’équiper et d’éduquer ses agents dont le comportement est mis en cause." "Il faut faire toujours le suivi des équipements donnés aux éboueurs", renchérit-elle.
Scène inverse pour la Compagnie pour l’Environnement et le Développement (COPED), actuellement très compétitive dans la ville de Kigali. Elle est dotée des véhicules modernes qui collectent des ordures et ses éboueurs ne transportent pas les détritus ménagers sur la tête. "La COPED assure le recyclage des ordures ménagères en les transformant soit en briquettes, soit en fumiers, soit en tubings pour la pépinière et soit en sacs en plastiques servant des poubelles", dit Providence Kalinganire, directrice de la COPED.

Eboueurs et leurs familles à risques

A coté de ce travail de grande musculature, la plupart des travailleurs d’au moins 15 compagnies qui opèrent dans la ville de Kigali, sont mal payés. Leurs salaires ne les permettent pas à nouer les deux bouts du mois, ni à pouvoir se procurer à manger pour le repas de midi. "Il arrive qu’on pique un sambusa (genre de beignet contenant de la viande hachée ndlr ) sans devoir laver nos mains, ce qui occasionne des maladies de la main salle", atteste Verdienne Mukeshimana qui voit aussi ses collègues de travail se lancer à la nourriture jetée à la poubelle. "Ça leur permet de garder la bonne mine au travail et ainsi pourvoir remplir les deux camions journaliers", ironise-t-elle.

Les collègues de Mukeshimana avouent en outre qu’au site de collecte des ordures de toute la ville de Kigali à Ndoba dans la localité de Gasabo, les enfants et les adultes : hommes et femmes confondus, fouillent la poubelle à la recherche de la nourriture ,des aliments non cuits et des restes de charbons pour aller les utiliser à la amaison ou les vendre. Aimable Rwanzunga, directeur commercial de la COPED ajoute : "Autant de fois que je m’y suis rendu, j’ai remarqué d’innombrable personnes qui jouent au cache-cache avec les gens qui les interdisent de ramasser les aliments jetés dans cette poubelle". Il note que dans le but d’éduquer les éboueurs de ne pas manger les aliments avariés, sa compagnie a décidé de payer à chaque éboueur 1000 frw (1,5$) par jour à titre de restauration en plus de 50 000 frw (74$) tenant lieu de salaire mensuel. "Malgré cette bonne initiative, mes collègues n’ont pas de scrupule pour se lancer sur des pains et autres aliments relativement emballés, rencontrés dans les poubelles venant des hôtels", confie KRG de la COPED. "Ces aliments avariés sont causes d’intoxications chimiques et d’infections bactériennes graves", avertit le Dr Jaribu Théogène de l’Hôpital Roi Fayçal de Kigali.

Exemple par appui, Cassier Habarurema est malade. "Il a été intoxiqué par des aliments avariés et amorti par le travail dur. La compagnie Real Cleaning a décliné toute ses responsabilités de lui assurer des soins médicaux, sauf en cas d’accident au travail", dit Ramadhani, conseiller de la compagnie. Actuellement, presque toutes les autres compagnies engagées dans la collecte des ordures de Kigali n’assurent pas des soins médiaux. Mais, "Tous nos agents inclus les éboueurs sont bénéficiaires d’une carte d’assurance maladie", vente ainsi, Providence Kalinganire, la réussite et le professionnalisme de la COPED.

Le transport des déchets n’est pourtant pas gratuit. Chaque famille paye au moins 2000 Frw (2.1 $) chaque mois des frais d’évacuation. Des familles qui n’en peuvent pas profitent de la nuit et les jettent dans les conduites d’eau ce qui met aussi la vie des riverains à risques surtout dans la période pluvieuse où ces déchets peuvent se déverser le long des routes ou dans les étangs d’eau.

Fulgence Niyonagize


Tanga igitecyerezo

Who are you?