Yashyizweho kuri 28 May, 2015 | 16:45

Le mauvais départ du syndicalisme freine l’adhésion des travailleurs aux syndicats

Les travailleurs viennent à pas hésitant dans les syndicats, organes sensés faire leur plaidoyer. L’arrivée du pluralisme syndicale a en effet coïncidé avec le multipartisme et confondu les syndicats aux mouvements d’opposition. Avec PAX PRESS(PP) Floride Mukarugambwa (FM) du Conseil des Syndicats Libres au Rwanda explique le parcours des syndicats au Rwanda et les conséquences du mauvais départ sur l’exercice du syndicalisme.

PP : Parlez-nous du syndicalisme au Rwanda ?

FM : Parler du syndicalisme au Rwanda c’est aussi parler un peu de son historique. Au départ le syndicalisme a été mal lancé. C’est le gouvernement qui a mis en place la centrale et non les travailleurs eux-mêmes. Cette centrale (CESTRAL Ndlr) n’avait pas de syndicats de base alors que pour avoir cette entité, il faut les syndicats de base professionnels. Tout le monde était obligé d’adhérer sans le vouloir, sans savoir pourquoi se syndiquer pourquoi prélève-t-on les cotisations… Les dirigeants avaient les avantages du parti au pouvoir (le MRND) bref c’était confus. On a du attendre 1993 où avec la naissance du multipartisme politique, le pluralisme syndicale a émergé.

PP :Qu’a changé ce pluralisme syndical?

FM : Il est difficile de dire que les nouveaux syndicats ont amené le changement. Au contraire les initiateurs des syndicats libres ont été considérés comme des opposants au pouvoir parce qu’ils voulaient des changements au niveau du milieu du travail. On commençait à parler de la liberté d’expression et ceux qui étaient pointés du doigt, ce sont eux qui combattaient le syndicalisme parce que croyaient-ils qu’on allait les attaquer. Après le génocide on a essayé de le redynamiser. Mais c’était difficile parce que les travailleurs n’étaient intéressés qu’à se trouver de quoi manger, se reconstituer, se réhabiliter. Leur parler du syndicalisme alors qu’avant 1994 les syndicats avaient une mauvaise connotation leur semblait difficiles et compliquait leur choix.

PP : 20 ans après le génocide les syndicats sont dans quel état ?

FM : Pour que le syndicalisme marche bien il faut que la liberté d’expression soit promue parce qu’il est un élément fondamental. Or malgré les conventions ratifiées par le gouvernement, il ya des arrêtés ministériels, des clauses qui ne sont pas claires et non conforme à la convention…Il faut de la prudence vu les antécédents liés à la guerre et au génocide. Ceci pousse ceux qui prétendraient adhérer dans les syndicats à ne pas venir pour ne pas être considérés comme des opposants au pouvoir. Et ce la se comprend parce que même avant il ya des gens qui, avec des agendas cachés, se ruaient vers les syndicats…même actuellement il y en a. C’est difficile pour le pouvoir de tout contrôler raison pour laquelle le des fois il y a des arrêtés qui ne sont pas conformes avec les conventions à l’instar de la liberté syndicale. La convention numéro 87 a été ratifié par le Rwanda mais des il ya des rubriques ou de clauses dans le code du travail ou dans les arrêtés ministériels qui la contredisent notamment celle stipulant que pour faire la grève il faut l’annoncer deux semaine avant. Ce ne serait plus une grève.

PP: A vous entendre parler on croirait à une main de fer entre les syndicats et le gouvernement. Est-ce le cas ?

F.M : Non au contraire il ya des consultations régulières entre les 3 centrales qui œuvrent au Rwanda (CESTRAL, COSYLI, COTRAF) avec le ministère. Ce dernier ne peut pas mettre en place une loi sur le travail sans nous consulter (…) mêmes quand nous leur soumettons nos doléances, elles sont accueillies sans aucun problème. Quand il ya certains arrêtés qui ne nous conviennent pas nous avisons le ministère et nous discutons. Au fait ce qui est important pour le syndicalisme c’est la loi. Quand il ya la loi vous la suivez. Et en plus les syndicats ne sont pas seul il ya aussi le Bureau International du Travail (BIT) qui est toujours à coté et qui veuille sur la mise en application de la loi. Bref, le tripartisme : gouvernement, travailleur, employé est vraiment appliqué.

PP : Dans cette collaboration voyez-vous les travailleurs défendre leurs droits par le biais syndical?

FM : Nous ce que nous faisons c’est leur sensibiliser sur leur droit et eux choisissent à quelle centrale s’affilier. Mais ils ne veulent pas adhérer et ne viennent réclamer leurs droits que quand ils sont limogés et commencent à demander où orienter leurs doléances. A la base, il y a l’histoire du Rwanda, en particulier les moments dans lesquels les syndicats sont nés, qui fait que nombreux ne veulent pas s’exprimer sur les lois qui les protègent. En effet l’élaboration d’une loi est une chose mais son application est une autre. Or dans notre cas, la loi actuelle favorise plus l’employeur que l’employé. Mais les employés, par peur, ne veulent pas adhérer dans les syndicats et revendiquer leurs droits sous prétexte de ne pas quereller avec leur patron alors qu’actuellement leurs salaires ne sont pas adaptés par exemple aux couts du marché… Conséquence : Quand ils ne défendent pas leurs droits, les employeurs les exploitent à leur propre gré. C’est à eux de voir l’intérêt de se syndiquer et d’exploiter les lois qui sont là pour les protéger.

Fulgence Niyonagize


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