Yashyizweho kuri 12 January, 2017 | 11:44

Dans les mines,la silicose tue à petit feu

Certaines familles dont les membres travaillaient dans les mines pleurent encore les leurs qui se sont éteints des suites de la silicose, cette infection pulmonaire provenant de l’inhalation des poussières de mines.Elles demandent une compensation, mais apparemment, la réponse est loin d’être acquise

“Vous êtes médecins pouvant traiter la silicose?”, une jeune fille d’une douzaine d’années m’interpelle à la sortie de la voiture qui me transporte. Au centre commercial de Muyoboro en secteur Rweru du district Bugesera près de la frontière Est avec le Burundi. Là, les habitants sont habitués aux visites des gens à la recherche de l’information à propos de la silicose, des journalistes, surtout.
La jeune fille ne sait qu’expliquer que la maladie consiste en une toux sèche; point.

Derrière moi, un homme lui coupe la parole. L’homme me prend la main et me dirige chez le domicile de l’un des patients souffrant de silicose. A l’entrée de chez Mutabaruka, les enfants jouent dans la cour de la maison. Le malade est assis sur un petit banc en bois. La visite surprise pour moi n’en est pas un pour lui. Il a vu nombre de journalistes chez lui. “Il veut te parler à propos de Silicose; c’est un journaliste”, s’empresse de me présenter, l’homme qui m’avait pris la main depuis le centre commercial. Il a attrapé la silicose, il y a quatre ans alors qu’il travaillait dans une mine de cassitérite qui se trouve dans les environs de son domicile.

“Aujourd’hui, je n’ai plus de force pour travailler; la silicose m’a épuisé. Je pésais autour de 58 kilos, mais je ne reste qu’avec 43. Je passe la journée assis sur ce banc. Des fois, quand je tousse, je peux distinguer de petits cailloux dans mon crachat”, me raconte le patient, le visage rongé de chagrin.

A quel saint se vouer?

L’on raconte que cette maladie a jusqu’ici emporté autour de quarante âmes, laissant derrière veuves (il n’y a qu’hommes au fond des mines) et orphelins. Ce centre commercial compte encore cinq hommes atteints de silicose; les familles sont proches les unes des autres, tel un coron, on pointe du doigt les maisons de familles d’hommes touchés. Depuis six ans , ils creusent à l’aide d’une foreuse qui expulse en l’air poussières et petites particules solides qui terminent leur chemin dans les poumons des mineurs. Ces derniers n’ont pas cessé de tirer la sonnette d’alarme, en vain, la silicose tue encore.

Les autorités de base n’ont apparemment pas fait la sourde oreille. Ils n’ont pas pu compenser les familles qui ont perdu les leurs. Nshimiyimana Baptiste, lui-même responsable du village de Muyoboro souffre de cette maladie. “Depuis que nous avons commencé à constater l’existence de la silicose, nous n’avons plus entendu parler de la compagnie qui opérait dans cette région. Elle a peut-être disparu. On creusait sans masque de protection. Poussières et petites particules se frayaient le chemin dans nos gorges vers nos poumons. En réponse, les autorités de base ont décidé que la mine devait être fermée. Ceux qui creusent encore le font à leur risque”, explique Nshimiyimana.

Ils n’avaient d’autre choix que de la fermer, car cette maladie se compte parmi les incurables. Les patients ne peuvent que confirmer qu’il leur est difficile de trouver de traitement, car selon eux, c’est en Afrique du Sud que cette maladie pulmonaire peut trouver de médecin spécialiste.“Ce n’est pas le cas. La silicose, oui, est une maladie incurable, mais avec la mutuelle de santé, on peut trouver des calmants. Nos hôpitaux peuvent aider les patients”, dément le Docteur Vincent Mutabazi, directeur de la branche de lutte contre les maladies respiratoires au centre national biomédical.

La silicose emporte plus de quarante mille vies par an au niveau international selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le Rwanda y aurait les siens, mais les statistiques nationales manquent encore.

Etienne Gatanazi


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