Yashyizweho kuri 3 May, 2016 | 17:00

Françoise Nyirakarire: Le secret de la réussite réside dans le "oser"

En 2007, Nyirakarire Françoise est enseignante à l’école primaire. Elle attrape un handicap du bras droit qui ne lui permet plus d’écrire et donc de vivre quotidiennement de son activité d’enseignante. Elle quitte l’enseignement sans autre emploi. Elle décide de s’adonner à l’entretien des fleurs qui contournent sa maison.De cette passion de l’enfance naquit un nouvel emploi qui lui fait gagner de l’argent plus que dans l’enseignement.

Nyirakarire Bikeri Françoise, 58 ans, habite dans le secteur Muhoza, district Musanze dans la province du nord. Elle est une femme qui ne se décourage jamais malgré les circonstances malheureuses. Elle a exercé le travail d’enseignement dans des écoles publiques pendant 17 ans en République Démocratique du Congo où sa famille s’était réfugiée en 1959 et pendant 13 ans au Rwanda où elle est rapatriée en 1994.

Un jour, madame Françoise est pris par un malaise du bras du droit dont elle ne désigne pas le nom alors qu’elle donne un cours. Elle finit par perdre l’usage de son bras droit et ne peut pas tenir longtemps en écrivant. Après plusieurs mois d’absence en se faisant soigner, elle est remplacée à son poste. A son retour, madame Françoise constate que son travail lui a été pris. Son médecin lui conseille de ne plus faire les métiers lui demandant de lever son bras pendant longtemps. En effet, les médicaments qu’elle prend ne font que diminuer les douleurs mais ne guérissent pas pour de bon le malaise. Elle doit se résoudre à trouver une autre activité, elle qui venait de passer 11 mois en se faisant soigner et en fin de compte « limogée » de son travail. « C’était pénible. Je ne pouvais pas m’asseoir sans rien faire. Ce n’était pas dans mes habitudes », confie madame Françoise.

Vivre de sa passion

Elle ne voit pas cet arrêt comme une fin du monde. Au contraire elle dit : « J’aimais les fleurs. D’ailleurs, j’en avais quelques unes dans la cours de la maison que je contemplais ». Admirer cette beauté naturelle a coïncidé avec le programme de la ville où elle vit qui décourageait l’agriculture intra urbaine au profit des fleurs mais avec pour seul but l’esthétique urbaine. Nyirakarire en profite alors pour arracher bananes quasi improductives, colocases et haricots, tout un mélange de cultures cultivés aux alentours de sa maison et installe des arômes dans toute sa parcelle au mépris de son voisinage. « Puisque je voyais les magasins qui les achetaient en ville, je ne doutais pas que les ayant cultivé, j’allais manquer de marché », souligne-t-elle.

Elle a commencé en 2007 avec une personne qu’elle emploie comme ouvrier. Après une année de cultures, les fleurs ont abondé et les magasins de décoration de la ville Musanze (Nord du Rwanda) où elle vit commencent à lui faire des commandes quasi régulières. Mais aussi des gens qui viennent de loin à Kigali la capitale (95 km), de Rubavu au nord ouest du Rwanda et de Gisoro district Ougandais frontalier avec le Rwanda (40km) et proche de Musanze viennent aussi. Au fur et à mesure elle augmente l’effectif des ouvriers et emploie trois autres.

Même s’il lui est difficile d’estimer le revenu mensuel de ses fleurs car la vente dépend de l’affluence qui peut être grande ou moyenne selon les jours (fêtes, cérémonies,…), la saison, madame Françoise gagne entre 100 000 Frw et 200 000 Frw par mois (entre 140 et 285 $). En plus, d’une pension de 15 000 Frw(20$) qu’elle affirme recevoir mensuellement Avec cette somme Françoise paye ses 4 ouvriers dont trois qui travaillent le jour et le veilleur nocturne. Le prix de plusieurs variétés de fleurs dont des arômes en grand nombre, des palmiers, agapanthes, théis... varient selon les espèces. Une tige d’arôme coûte par exemple 30 Frw(0.04$) tandis qu’un plant de palmier coûte 2000 Frw(3$).

Un modèle local

Ça ne profite pas seulement à elle. Dusengimana Jean, 28 ans, travaille depuis une année et demi dans ce grand jardin. Après avoir cherché du travail de nettoyeur d’Hôtel à Kigali et s’être aventuré dans les pépinières de fleurs qui n’ont pas tenu, il a regagné sa région natale et est venu demander du travail à Françoise qui l’a accueillie. Elle dit : « Elle [madame Françoise] a été contente parce que j’avais la notion en pépinières des fleurs. Je savais les entretenir convenablement et lui proposer d’autres espèces non disponibles ». Jean se réjouit de son emploi lucratif : « Grace à notre jardin-ci, j’ai acheté un vélo à 100 000 Frw (140$) qui me permet de me déplacer. Je viens d’achever une maison de 7.5m sur 8.5m en plus de 2 porcs et de 3 moutons ». Tout cela revenant d’un salaire de 45 000 Frw (60$) par mois.

Mais, des fois, il ya des périodes où il ya manque de clientèle (on ne peut pas les situer car ce sont les clients qui s’amènent eux-mêmes Ndlr). Françoise n‘oublie pas ses employés. Elle prend des crédits auprès des voisins et amis pour les rémunérer car, affirme-t-elle, « ce sont eux qui entretiennent ces fleurs quotidiennement et nourrissent leur famille grâce au salaire qu’ils reçoivent d’ici. Eux et moi ne vivons que de ces fleurs ».

Vivre de ces fleurs c’est aussi ce qui a poussé Hategekimana Xavérine, (64 ans) à quitter le travailleur de balayeuse de la ville en 2012 et à venir demander du travail à Françoise. Elle témoigne : «Je gagne 1000 Frw(1.4$) par jour équivalent de 22 000 (30$) frw par mois alors que je gagnais ailleurs 8000 Frw(7.2$) par mois et je devais me lever à 3h du matin ». Pour elle, non seulement elle y gagne car elle en est arrivé à réhabiliter sa maison en achetant 30 nouvelles tôles, mais aussi s’habitue aux différentes sortes de fleurs qu’elle cultive aussi chez elle en guise de parure.

Si Françoise et son groupe travaillent acharnement dans "leur jardin" (comme ils le nomment Ndlr), un défi reste pourtant. Des clients viennent à volonté. « Nous n’avons pas de clients permanents. En plus nous manquons de marché étranger d’exportation parce que nous n’avons pas de matériel sophistiqué pour la conservation des fleurs comme la chambre froide, les frigos appropriées à défaut desquelles quand on veut exporter, faute de conservation, les fleurs pourrissent ».
Mais, conseille madame Françoise, on ne commence pas son projet par des choses sophistiquées. « L’important c’est d’oser, de persévérer… Après, le fruit du travail couronne».

Fulgence Niyonagize


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